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Eric CHESNEAU, Peintre Abstrait
Nous propose un questionnement autour de l'abstraction.
Le geste, la lumiére, le mouvement, la couleur et
la précision de la composition de ses oeuvres nourrissent
ses recherches et ses expérimentations. |
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Il
y a un paradoxe dans l’abstraction d’Eric Chesneau : tout se passe
comme si à défaut de pouvoir s’abriter derrière une invisibilité
absolue, il se réfugiait, par son approche, dans l’invisibilité
relative d’images parcellaires, forcément parcellaires.
L’artiste ne veut sans doute pas ce repli : il lui est imposé par
la blancheur de la toile dont ne subsiste que ce qui survit à une
sorte d’expulsion, de refoulement de la matière. Restent ainsi des
fragments d’opacité qui permettent devenir mettre à mal l’intensité
du blanc.
Cependant, la disproportion des forces en présence semble être telle
qu’il ne saurait être question pour le peintre d’un renversement
et de recouvrir la totalité de ses toiles. Il s’agit d’abord de
retarder l’échéance du blanc. La peinture devient la résistance
face à ce qui fait résistance à savoir ce blanc d’où elle sort.
N’émerge encore que des bribes de voile, mais d’un voile qui dévoile
et grâce auquel un illimité, un infini se montrent, images d’un
vaste désastre existentiel dont il faut tenter de sauver ce qui
peut l’être avant que le blanc retombe dans son invisibilité première.
Le travail ou plutôt le combat de Chesneau permet à l’imprévu de
se produire sous couvert d’une « insignifiance » éblouissante face
à la centrale de blancheur que concrétise le support nu. Et si ce
qui subsiste reste de l’ordre de l’écharpe, une telle présence n’a
rien à voir avec celle des minimalistes avides de neutralité et
dont l’abstraction n’est qu’abrasion. Les formes ici frémissent,
deviennent poreuses, ce sont des sortes de pierres d’achoppement
sur lequel le regard peut s’appuyer. Emerge en conséquence un effet
de mutation et un imaginaire de débordement mais qui ne se déploie
que par morceaux sur la surface. Ceux-ci se propagent, malgré la
difficulté à se prolonger, par effet de pulsion. Reste à savoir,
dans le périple d’un tel artiste, ce qu’ils deviendront. Ils ne
tarderont peut-être pas à s’étoffer, à grandir, à traverser et envahir
progressivement l’espace blanc. Mais ce qui est passionnant dans
ce travail en devenir, tient d’abord au combat cité plus haut que
livre le peintre. L ‘artiste se situe devant l’étendue blanche afin
que des sortes de soupirs vitaux remontent à la surface. On imagine
les forces antagonistes qui se disputent dans le travail d’approche
puis devant et sur le support. Ne bannissant jamais le noir (au
contraire), Chesneau y trouve le moyen du dessin comme trace première
du geste volontaire qui parvient à émettre ce qui résiste. Reste
qu’une telle approche existentielle de la peinture révèle aussi
la profondeur dans les toiles de l’artiste. Les quelques éléments
qui ont pu être peints et qui sont arrachés au néant offrent aux
spectateurs la possibilité d’une expansion. Nous sommes portés sur
un registre de l’éclosion. Les éléments peints deviennent à la fois
des poutrelles et des fissures « dans » le fond blanc. C’est pourquoi
une telle peinture nous donne le sentiment paradoxale d’être familière
et étrangère : l’infini semble se loger dans la finitude afin qu’un
innommable soit formulé et un invisible montré. Du fond du naufrage
se déclare soudain l’espace. Il s’ouvre peu à peu en devenant balisé. |
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Texte de : J.P. Gavard-Perret, Docteur ès Lettre,
enseigne à l’Université de Savoie (Chambéry). Membre du Centre
de Recherche Imaginaire et Création, il est spécialiste de l’Image
contemporaine et critique d’art. J.P Paul Gavard-Perret poursuit une
réflexion littéraire et artistique ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages
et collabore à de nombreuses revues. Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
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E R I C C H E S N E A U |
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